Marcel Dugas
Paroles en liberté
Soirs où la chair n'est qu'une grande plainte désolée vers
les étoiles...
Soirs où meurent toutes les âmes vaines, lasses de frémir
et d'adorer...
Soirs pareils à des fantômes glissant au bord du sommeil
et faisant de la nuit une fresque d'ombres passionnées...
Soirs énervés où les hommes sont tendres comme des
fleurs, et les femmes plus abandonnées que les choses...
Soirs d'ivresse dans la paix molle des campagnes...
Soirs où les fronts, comme l'azur pointé d'astres,
s'illuminent de pensées...
Soirs déployés en oriflammes sur le triomphe des
victoires ou l'amertume des défaites...
Soirs froids de janvier où les maisons silencieuses abritent
et réchauffent la misère des hommes...
Soirs de repliement sur soi, d'analyse destructrice dans
l'attente du bonheur...
Soirs d'aspirations vers des réalités qui échappent à
l'étreinte...
Soirs où sanglote, dans la tourmente, la nature effrayée de
ses crimes et de son insolente jeunesse...
Soirs d'apothéose pour les hommes de vérité qui
clamaient, en pâlissant, des raisons de salut au Monde...