Auguste Brizeux

Hymne

Statuaire, à ton marbre ! Et quand il prend la lyre,

Le poète au beau front, écoutez son délire !

Au travail ! au travail ! Qu’on entende partout

Le bruit saint du travail et d’un peuple debout !

Que partout on entende et la scie et la lime,

La voix du travailleur qui chante et qui s’anime !

Que la fournaise flambe, et que les lourds marteaux,

Nuit et jour et sans fin, tourmentent les métaux !

Rien n’est harmonieux comme l’acier qui vibre

Et le cri de l’outil aux mains d’un homme libre ;

Au fond d’un atelier rien n’est plus noble à voir

Qu’un front tout en sueur, un visage tout noir,

Un sein large et velu que la poussière souille

Et deux robustes bras tout recouverts de houille !

Au travail ! au travail ! à l’œuvre ! aux ateliers !

Et vous, de la pensée habiles ouvriers,

À l’œuvre ! Travaillez tous, dans votre domaine,

La matière divine et la matière humaine !

Inventez, maniez, changez, embellissez.

La Liberté jamais ne dira : « C’est assez ! »

Toute audace lui plaît ; vers la nue orageuse

Elle aime à voir monter une aile courageuse.

 

Aimons la Liberté ! c’est le souffle de Dieu ;

C’est l’esprit fécondant qui pénètre en tout lieu ;

C’est l’éclair dans la nuit ; sur l’autel c’est la flamme,

Le Verbe inspirateur qui rend la vie à l’âme.

Quand la terre languit dans son aridité,

Comme une large pluie alors la Liberté

S’épanche, et tous les cœurs à ses fraîches paroles,

Tels que des fleurs du ciel, entr’ouvrent leurs corolles,

Et le monde a repris sa première splendeur,

Et la nature exhale une suave odeur !