Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
J'ai senti se changer la face de la terre
Le jour ou j'entendis ta chère âme accourir
A pas si doux vers moi, comme pour recouvrir
Le noir gouffre de mort au fond duquel naguère
Je croyais bien tomber. L'Amour sut m'y ravir
Et, grâce à lui, la vie aussitôt me fut chère.
Oui, je bois volontiers la coupe de misère
Qu'à mon baptême Dieu m'ordonna de tarir ;
— Son amertume auprès de toi si doux s'efface.
La Patrie et le Ciel! C'est pour montrer ta place,
ici-bas ou là-haut, que ces mots ont un sens ;
Et ces chants et ces luths qu'hier je trouvais suaves,
Si je les aime encor (les chœurs du Ciel le savent!),
C'est parce que ton nom s'accorde à leurs accents.