Victor Segalen

Pierre Musicale

Stèles

Voici le lieu où ils se reconnurent, les amants amoureux de la flûte inégale ;

 

Voici la table où ils se réjouirent l’époux habile et la fille enivrée ;

 

Voici l’estrade où ils s’aimaient par les tons essentiels,

 

Au travers du métal des cloches, de la peau dure des silex tintants,

 

À travers les cheveux du luth, dans la rumeur des tambours, sur le dos du tigre de bois creux,

 

Parmi l’enchantement des paons au cri clair, des grues à l’appel bref, du phénix au parler inouï.

 

Voici le faîte du palais sonnant que Mou-Koung, le père, dressa pour eux comme un socle,

 

Et voilà, — d’un envol plus suave que phénix, oiselles et paons, — voilà l’espace où ils ont pris essor.

 

 

Qu’on me touche : toutes ces voix vivent dans ma pierre musicale.