Paul Claudel

Fête des Morts le Septième Mois

Connaissance de l'Est

L’étranger attardé qui, du banc où il demeure, considère la vaste nuit ouverte devant lui comme un atlas, entendra revenir la barque religieuse. Les falots se sont éteints, l’aigre hautbois s’est tu, mais sur un battement précipité de baguettes, étoffé d’un continu roulement de tambour, le métal funèbre continue son tumulte et sa danse. Qui est-ce qui tape ? Cela éclate et tombe, finit, repart, et tantôt c’est un vacarme comme si des mains impatientes battaient la lame suspendue entre deux mondes, et tantôt avec solennité sous des coups espacés elle répercute à pleine voix le heurt. Le bateau se rapproche, il longe la rive et la flotte des barques amarrées, et, s’engagent dans l’ombre épaisse des pontons à opium, le voici à mes pieds. Je ne vois rien, mais l’orchestre funèbre, qui d’un long intervalle, à la mode de chiens qui hurlent, s’était tu, fait de nouveau explosion dans les ténèbres.

 

Ce sont les fêtes du septième mois, où la Terre entre dans son repos.

 

Sur la route, les traîneurs de petites voitures ont fiché en terre, entre leurs pieds, des bâtons d’encens et de petits bouts de chandelles rouges. Il faut rentrer : demain je viendrai m’asseoir à la même place. Tout s’est tu, et tel qu’un mort sans yeux au fond de l’infini des ondes, encore, j’entends le ton du sistre sépulcral, la clameur du tambour de fer dans l’ombre compacte heurté d’un coup terrible.