Alphonse de Lamartine

Milly ou la terre natale

Étendez sur ma tête un lit d’herbes des champs

Que l’agneau du hameau broute encore au printemps,

Où l’oiseau dont mes sœurs ont peuplé ces asiles

Vienne aimer et chanter durant mes nuits tranquilles.

Là, pour marquer la place où vous m’allez coucher,

Roulez de la montagne un fragment de rocher ;

Que nul ciseau surtout ne le taille, et n’efface

La mousse des vieux jours qui brunit sa surface,

Et d’hiver en hiver incrustée à ses flancs,

Donne en lettre vivante une date à ses ans !

Point de siècle ou de nom sur cette agreste page !

Devant l’éternité tout siècle est du même âge,

Et celui dont la voix réveille le trépas

Au défaut d’un vain nom ne nous oubliera pas !