Paul Claudel

L'Arche d'or dans la forêt

Connaissance de l'Est

La forêt des cryptomères est, au vrai, ce temple.

 

Hier, déjà, par ce sombre crépuscule, j’avais plusieurs fois coupé la double avenue de ces géants qui à vingt lieues de distance va chercher conduire, jusqu’au pont rouge, l’ambassadeur annuel qui porte les présents Impériaux à l’ancêtre. Mais ce matin, à l’heure où les premiers traits du soleil font paraître roses, dans le vent d’or qui les balaie, au-dessus de moi les bancs de sombre verdure, je pénètre dans la nef colossale qu’emplit délicieusement avec le froid de la nuit l’odeur pleine de la résine.

 

Le cryptomère ressort à la famille des pins, et les Japonais le nomment sengui. C’est un arbre très haut dont le fût, pur de toute inflexion et de tout nœud, garde une inviolable rectitude. On ne lui voit point de rameaux, mais çà et là ses feuillages, qui, selon le mode des pins, s’indiquent non par la masse et le relief, mais par la tache et le contour, flottent comme des lambeaux de noire vapeur autour du pilier mystique, et à une même hauteur, la forêt de ces troncs rectilignes se perd dans la voûte confuse et les ténèbres d’une inextricable frondaison. Le lieu est à la fois illimité et clos, préparé et vacant.

 

Les Maisons merveilleuses sont éparses par la futaie.