François Fertiault

Noémi

Oh ! qu’as-tu fait, jeune femme,

De cette âme

Où le ciel avait jeté

Sa beauté ?

Et de la si douce image

Du village

Où j’étais ton seul ami,

Noémi ?

 

Tu n’as donc plus souvenance

De l’enfance

Qui nous a faits tant heureux

Tous les deux ?

De nos courses aux prairies

Si fleuries,

Où tu m’as dit tant de foi :

« Souviens-toi ? »

 

Elle est donc de la pensée

Effacée

L’époque de nos beaux jours,

Doux amours ?

Et la messe en robe blanche,

Le dimanche ?

Et la peur aux sentiers noirs,

Certains soirs ?…

 

Oui ; tu voles dans la sphère

Qui préfère

Le bruit, l’éclat au bonheur,

L’or au cœur.

Pour le monde tu veux vivre…

Qu’il t’enivre,

Sans t’aiguiser quelque dard

Pour plus tard !

 

Que les plus joyeuses fêtes

Te soient faites,

Empêchant tout souvenir

De venir !

Que la foule avec délice

T’applaudisse !

Que tous, par les yeux aimés,

Soient charmés !

 

Que le tourbillon t’entraîne !

Va ! sois reine !

Que ton front soit promené

Couronné !…

Et qu’à toi, jadis si bonne,

Dieu pardonne !…

Je ne veux que du bonheur

Pour ton cœur !