Elizabeth Barrett Browning

Songeant, un jour, comment Théocrite a chanté

Sonnets from the Portuguese

Songeant, un jour, comment Théocrite a chanté

La douceur du retour de ces chères années

Dont chacune vient tendre, en ses mains fortunées,

A tous, jeunes ou vieux, le présent souhaité, —

 

Tandis que par ses vers j'avais l'esprit hanté.

Je revis, à travers mes larmes, ces journées,

Dans le bonheur et dans la tristesse égrenées,

Qui sur mon front avaient tour à tour projeté

 

L'ombre de leur passage. Et j'étais tout entière

A pleurer quand soudain, par derrière, aux cheveux

Un Fantôme me prit ; et, comme de mon mieux

 

Je luttais, une voix se fit entendre, altière :

“Devine qui te tient ?"— “C’est la Mort", dis-je. Alors

Tinta ce mot d'argent : C'est l'Amour, non la Mort!"