Marcel Dugas

Soirs

Paroles en liberté

Soirs de pardon et d'ivresse dans l'horreur de se

ressaisir...

Soirs d'automne discret, nuancé, subtil, de septembre,

auprès des fontaines verdies de feuilles mortes qui gardent,

en leur tombeau, les illusions de l'été, les amours d'août...

Soirs saignants, si pareils à des suaires qui enveloppent

les collines, transies des baisers de la mort...

Soirs où l'air embaumé est déchiré de mourantes

musiques.

Soirs craintifs et peureux du bonheur, qui étouffent, se

pâment et se dissolvent en embrassements.

Soirs se posant, à la façon des caresses, sur les chefs-

d'oeuvre de l'art et de la beauté...

Soirs hérissés d'angoisses sur des nuits d'agonies et

d'effrois...

Soirs descendant dans la mer avec des traînées d'astres et

l'égrènement des illusions en fleurs...

Soirs doux et caressants ; Soirs sombres et tourmentés;

Soirs calmes et frais ; Soirs orageux pleins de cris et de

tempêtes; Soirs chauds qui enivrent; Soirs engainés de gel et

de cristaux qui drapent la nuit d'un linceul et la dressent, sans

espoir, sous le vent des espaces, en mendiante de l'amour.

Je vous célèbre, ô Soirs, qui êtes un beau drame qui se

déchiffre et s'accorde au mystère des âmes ; j'épouse en vous

les mille et un gémissements qui s'éteignent, et sur vos

ombres remuantes, je salue la promenade des chimères

enlacées.

 

Je vous prie, ô Soirs, si lumineux, si fiers, si élancés et si

tristes, car vous me semblez être le tombeau capitonné où le

coeur humain se cherche un asile, un temple pour la mort et

l'oubli...