Homère

Chant XVI - et Hector triomphant

L'iliade

[...] et Hector triomphant, lui dit ces mots ailés :

"Ah ! Patrocle, tu croyais sans doute que tu allais emporter notre ville, ravir aux femmes troyennes le jour de la liberté et les emmener sur tes nefs aux rives de ta patrie. Pauvre sot ! pour les sauver, voici les chevaux rapides d'Hector qui allongent l'allure, afin qu'il puisse se battre. Moi aussi, j'excelle à la lance parmi les Troyens belliqueux, de qui je cherche à écarter le jour fatal. C'est toi qu'ici mangeront les vautours. Malheureux ! pour brave qu'il soit, Achille ne t'aura guère servi; lui qui, sans doute, quand tu partais sans lui, instamment te recommandait : "Ne reviens pas, je te prie, aux nefs creuses, Patrocle, bon meneur de cavales, avant d'avoir autour de sa poitrine déchiré la cotte sanglante d'Hector meurtrier."

Voilà ce qu'il te disait, et toi, pauvre sot, tu l'as cru !"

D'une voix défaillante, tu réponds, Patrocle, bon meneurs de chars :

"Hector, il est trop tôt pour triompher si fort. Qui donc t'a donné la victoire ? Zeux le Cronide et Apollon. Ils m'ont dompté sans peine : ils ont eux-mêmes détaché mes armes de mes épaules. Eussé-je devant moi trouvé vingt hommes de ton genre, que tous eussent péri sur place, domptés par ma javeline. C'est le sort funeste, c'est le fils de Létô, qui m'ont abattu, et, parmi les hommes, Euphorbe. Tu n'es venu qu'en troisième, pour me dépouiller. Mais j'ai encore quelque chose à ta dire; mets-le-toi bien en tête. Tu ne vivras pas bien longtemps non plus. Déjà, à tes côtés, voici la mort et l'impérieux destin, qui veut te voir dompté sous le bras d'Achille, l'Eacide sans reproche."

Il dit; la mort, qui tout achève, déjà l'enveloppe. L'âme quitte ses membres et s'en va, en volant, chez Hadès, pleurant sur son destin, quittant la force et la jeunesse.