Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Mais après que le soleil, suivi comme un berger par la mer et par le peuple des hommes mortels qui se lèvent en rangs successifs, a achevé de monter, il est Midi, et tout ce qui occupe une dimension dans l’espace est enveloppé par lame du feu, plus blanche que la foudre. Le monde est effacé, et les sceaux de la fournaise rompus, toutes choses, au sein de ce nouveau déluge, se sont évanouies. J’ai fermé toutes les fenêtres. Prisonnier de la lumière, je tiens le journal de ma captivité. Et tantôt, la main sur le papier, j’écris, par une fonction en rien différente du ver-à-soie qui fait son fil de la feuille qu’il dévore ; tantôt j’erre par les chambres ténébreuses, de la salle à manger, par le salon, ou un moment je suspends ma main sur le couvercle de l’orgue, à cette pièce nue, au centre de qui redoutablement se tient seule la table du travail. Et intérieur à ces lignes blanches qui marquent les fissures de ma prison hermétique, je mûris la pensée de l’holocauste ; ah ! s’il est enviable de se dissoudre dans l’étreinte flamboyante, enlevé dans le tourbillon du souffle véhément, combien plus beau le supplice d’un esprit dévoré par la lumière !