Na de Casteldoza
Trop longtemps absent et peut-être infidèle, vous trouverez toujours en moi constance et bel accueil.
I
Vous avez fait fort long séjour,
Ami, depuis que vous vous êtes éloigné de moi,
Et pour moi c'est pénible et affreux,
Car vous m'avez juré et garanti
Que durant les jours de votre vie
Vous n'auriez d'autre dame que moi;
Et si d'une autre rien vous touche,
Alors vous m'avez tuée et trahie,
Car j'avais en vous cette espérance
Que vous m'aimeriez sans que j'eusse à douter.
II
Bel ami, d'un cœur fidèle
Je vous aimai, quand vous m'eûtes plu,
Et je sais que j'ai fait une folie,
Car vous ne vous en êtes que davantage séparé de moi,
Parce que je n'ai jamais usé envers vous de détour;
Et ainsi vous me faites le mal pour le bien !
Je vous aime bien et ne m'en lasse point,
Mais l'amour m'a si fort saisie
Que je ne crois pas que je puisse avoir
Aucune aise sans votre amitié.
III
J'aurai introduit un fort mauvais usage
Pour les autres amoureuses :
Car (pour gage) on a coutume de leur transmettre un
message
Et des paroles triées et choisies,
Et moi, je me tiens pour garantie,
Ami, par la confiance que j'ai,
Quand je vous prie, qu'une telle attitude me sied;
Car la plus noble en est enorgueillie
Si elle a de vous quelque satisfaction
De baiser ou d'entrevue.
IV
Malheur à moi, si jamais je montrai
Pour vous cœur volage ou si je fus changeante!
Et aucun galant de n'importe quel rang
Ne fut jamais désiré par moi.
Mais je suis pensive et chagrine
Parce qu'il ne vous souvient pas de mon amour,
Et si de vous ne me vient nulle joie,
Vous me trouverez tôt morte;
Car pour un peu de tourment
Une femme meurt, si on ne le repousse d'elle tout entier.
V
Tout le mal et le dommage
Qui grâce à vous m'a été réservé
Ma parenté me le fait prendre en gré,
Et par dessus tous mon mari ( I ) ;
Et si jamais vous fîtes envers moi une faute
Je vous la pardonne de bonne foi;
Et je vous prie de venir à moi
Après que vous aurez entendu
Ma chanson, car je vous donne garantie
Que vous trouverez ici bel accueil.
(1) A cause de l'honneur que sa passion poétique procure à ses parents et à son mari, son ami étant d'un très haut rang (Cf. v. 28-30)