Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Oui, le monde appartient tout entier à l’Amour :
A ce nom qu’on lui donne il convient que j’acquiesce !
J'entendais qu’on parlait d’amour dès ma jeunesse
Et même hier, car les fleurs d’alors ont, en ce jour.
Gardé tout leur parfum. Musulmans et Giaours
N'offrent le mouchoir qu’au sourire ; la tristesse
Ne peut les émouvoir. Quand Polyphème presse
Une noix sous sa dent, il la lâche tout court
Si la pluie a rendu sa coquille trop lisse.
Ce qu’on appelle amour encor plus vite glisse
Dans ta haine ou l’oubli. Mais cet amour bâtard
N'est pas le tien, Aimé. Tu peux, bravant les peines,
Attendre le moment où les âmes s’enchaînent
Et trouver qu’il est tôt quand d’autres crient : « Trop tard! »