Homère
L'Odyssée
Je trouve Tityus, fils de l'ample Géa ;
Gisant, son corps noircit neuf arpents de pelouse.
Deux vautours, dont le bec fouille ses intestins,
Rongent son foie à nu, malgré ses doigts mutins :
Il outragea Léto, de Zeus sublime épouse,
Qui par l'alme Panope à Pythe se rendait.
Je vois aussi Tantale au supplice notoire.
Droit dans un lac, le flot jusqu'au cou l'inondait ;
Mais, dévoré de soif, il ne pouvait pas boire.
Chaque fois que l'ancien se penchait vers ces eaux,
L'onde était engloutie, et la terre noirâtre
Se gerçait sous ses pieds, prodige opiniâtre.
De beaux arbres, sur lui courbant leurs frais rameaux,
Étalaient à ses yeux des poires, des grenades,
L'olif, la pomme d'or, la figue aux douces chairs :
Quand le vieillard voulait les cueillir par saccades,
Ces fruits, jouets des vents, s'envolaient dans les airs.
Je vois de plus Sisyphe, autre gueux de l'abîme ;
Entre ses bras il porte un énorme rocher.
Trimant des pieds, des mains, il le roule à la cime
D'un mont vertigineux ; mais lorsqu'il va toucher
Au but de ses efforts, un pouvoir invincible
Le repousse, et, railleur, le roc retombe au fond.
Lui se raidit, reprend ; une sueur pénible
L'envahit, la poussière ennuage son front.