Raimon d'Alayrac
I. En Amour j'ai mon refuge, — vers lequel, de cœur, toujours je m'enfuis, — car je suis tombé en angoisse, — parce que je suis plus prisonnier que je ne le pense, — comme enserré dans une boîte, — et je crois contrefaire l'émouchet, — qui prend habilement et vole.
II. Et puisqu'il (Amour) m'a dans son école — enseigné, il convient que je pratique — ce qu'il veut et que j'exerce le droit, — et je vais tournant (autour de lui), comme la meule, — sans m'éloigner d'auprès de sa limite : — c'est pourquoi il convient que je me retourne — vers lui, beaucoup plus que je n'ai coutume.
III. Et que Dieu bien ne me donne, si je me plains — de le (Amour) servir, ou si je veux — autrement mourir et vivre; — car avec lui je me console si bien — que de maux il me tient délivré : — c'est pourquoi il est donc juste que là je me livre, — et que fort et ferme je m'y encastre.
IV. Que je sois percé de cruel dard, — et que la pâmoison le cœur me trouble — si je veux autre chose conquérir; — et que mon ennemi m'atteigne — en lieu périlleux, où j'erre (serais errant), — et que, mort, avec le couteau, il m'atterre,
— ou d'un grand coup de gnisarme.
V. Car je le dis et je le jure sur mon âme, — il (Amour) si fort me garnit et m'arme — de prix, de joie et (si fort) m'étreint, — qu'au monde il n'y a arme si puissante — qui m'ôtàt de dessous sa cape : — la mort me prendra s'il m'échappe, — de si pur cœur je m'y attache.
VI. Amour, aucun jour je ne cesse — de vous servir, au contraire je me dispose — continuellement à vous servir davantage, — et le corps et le cœur j'y affine, — afin que votre vouloir j'accomplisse, — et je prie Dieu que ne me complaise — • nulle chose telle que je vous en perde.
VII. Que qui le veut m'attaque, — pourvu qu'il (l'amour) m'ouvre mes châteaux (?) — et vers moi ne se retourne renfrogné (courroucé).