Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Bien-Aimé, j'ai porté pendant nombre d'années
Avant de te connaître, un cœur d'un poids bien lourd.
Les chagrins remplaçaient, plus nombreux chaque jour,
Ces douces joies qu'à tous la nature a données
Et qu on porte a l'instar des perles enchaînées
Que le cœur fait, au bal, sursauter tour à tour.
Le désespoir trop long suivait l'espoir trop court...
C'est à peine si Dieu de ses mains fortunées
Eût pu tirer ce cœur pesant hors d'ici-bas.
C'est alors que tu vins et que tu m'ordonnas
De le laisser glisser dans ton être tranquille.
Grâce u ce même poids, vite il y descendit
Et, se fermant sur lui, le tien depuis se mit
Entre ma destinée et les astres hostiles.