François-René de Chateaubriand
Imitation d’Alcée, poète grec.
Londres, 1797.
Lydie, es-tu sincère ? Excuse mes alarmes :
Tu t’embellis en accroissant mes feux ;
Et le même moment qui t’apporte des charmes
Ride mon front et blanchit mes cheveux.
Au matin de tes ans, de la foule chérie,
Tout est pour toi joie, espérance, amour ;
Et moi, vieux voyageur, sur ta route fleurie
Je marche seul et vois finir le jour.
Ainsi qu’un doux rayon quand ton regard humide
Pénètre au fond de mon cœur ranimé,
J’ose à peine effleurer d’une lèvre timide
De ton beau front le voile parfumé.
Tout à la fois honteux et fier de ton caprice,
Sans croire en toi, je m’en laisse enivrer.
J’adore tes attraits, mais je me rends justice :
Je sens l’amour et ne puis l’inspirer.
Par quel enchantement ai-je pu te séduire ?
N’aurois-tu point dans mon dernier soleil
Cherché l’astre de feu qui sur moi sembloit luire
Quand de Sapho je chantois le réveil ?