Alphonse de Lamartine

Milly ou la terre natale

J’ai vu des cieux d’azur, où la nuit est sans voiles,

Dorés jusqu’au matin sous les pieds des étoiles,

Arrondir sur mon front, comme un arc infini,

Leur dôme de cristal qu’aucun vent n’a terni ;

J’ai vu des monts voilés de citrons et d’olives

Réfléchir dans les eaux leurs ombres fugitives,

Et dans leurs frais vallons, au souffle du zéphyr,

Bercer sur l’épi mûr le cep prêt à mûrir ;

Sur des bords où les mers ont à peine un murmure,

J’ai vu des flots brillants l’onduleuse ceinture

Presser et relâcher dans l’azur de ses plis

De leurs caps dentelés les contours assouplis,

S’étendre dans le golfe en nappes de lumière,

Blanchir l’écueil fumant de gerbes de poussière,

Porter dans le lointain d’un occident vermeil

Des îles qui semblaient le lit d’or du soleil,

[...]