Iwan Gilkin

Esthètes

Ô peuples vieillissants ! nous mourons d’esthétique.

L’art supplante la vie en nos cœurs épuisés

Et nous ne trouvons plus dans l’ardeur des baisers

Que le rappel savant d’un rêve poétique.

 

L’air frais ne gonfle plus notre poitrine étique :

Il nous faut respirer des parfums composés

Et le stérile effort de nos cerveaux usés

Délire vaguement dans un brouillard mystique.

 

Tout, sentir et penser, est artificiel

Pour l’esprit affaibli qu’un mal essentiel

Frappe incurablement de dégénérescence.

 

Mais, sans même y songer, nous rampons à genoux

Aux rayons du grand art chauffant notre impuissance :

Il a vécu pour nous ! Il a rêvé pour nous !