Alfred de Vigny

L’esprit pur

À ÉVA

 

I

 

Si l’orgueil prend ton cœur quand le peuple me nomme,

Que de mes livres seuls te vienne ta fierté.

J’ai mis sur le cimier doré du gentilhomme

Une plume de fer qui n’est pas sans beauté.

J’ai fait illustre un nom qu’on m’a transmis sans gloire.

Qu’il soit ancien, qu’importe ? — Il n’aura de mémoire

Que du jour seulement où mon front l’a porté.

 

II

 

Dans le caveau des miens plongeant mes pas nocturnes,

J’ai compté mes aïeux, suivant leur vieille loi.

J’ouvris leurs parchemins, je fouillai dans leurs urnes

Empreintes sur le flanc des sceaux de chaque roi.

À peine une étincelle a relui dans leur cendre.

C’est en vain que d’eux tous le sang m’a fait descendre ;

Si j’écris leur histoire, ils descendront de moi.