Alfred de Vigny

Chant de Suzanne au bain

De l’époux bien-aimé n’entends-je pas la voix ?

Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois.

Il reparaît joyeux sur le haut des montagnes,

Bondit sur la colline et passe les campagnes.

 

Ô fortifiez-moi ! mêlez des fruits aux fleurs !

Car je languis d’amour et j’ai versé des pleurs.

J’ai cherché dans les nuits, à l’aide de la flamme,

Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.

 

Ô ! comment à ma couche est-il donc enlevé !

Je l’ai cherché partout et ne l’ai pas trouvé.

Mon époux est pour moi comme un collier de myrrhe ;

Qu’il dorme sur mon sein, je l’aime et je l’admire.

 

Il est blanc entre mille et brille le premier ;

Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ;

A l’ombre du palmier je me suis reposée,

Et d’un nard précieux ma tête est arrosée.