François Fertiault

L’Arbre de Noël

V

 

Mais, à travers ces voix divines,

Quelles voix au timbre argentin,

Claires comme un son du matin,

Et vibrant tendres et câlines ?

 

Ah ! chers enfants, levez les yeux.

Voyez, dans un pli de verdure,

Ces mignons, dont chacun endure

Un chagrin, s’il en est aux Cieux.

 

Frais angelets nimbés de flammes,

Blottis genoux contre genoux,

Ils forment un groupe si doux

Dans ce doux nid des jeunes âmes !

 

Ce sont les êtres adorés

Que, pour précoces sentinelles,

Dieu prit aux ardeurs maternelles

Dans ses desseins impénétrés.

 

On pouvait les nommer chimères,

Ces blonds aimés si tôt partis.

Ne les plaignez point, chers petits ;

Mais plaignez fort leurs tristes mères !

 

Et, pour ne pas faire saigner

Les seins tout palpitants des vôtres,

Priez le Ciel, les uns, les autres,

D’attendre et de vous épargner.

 

Qu’il vous laisse longtemps encore

À leurs baisers, à leur amour,

Aux bonheurs naissants tour à tour

Sur l’Arbre que Noël décore !