Grégoire Le Roy

Village endormi

Mon âme est une plaine en l'Infini couchée ;

Au milieu, le village avec ses chaumes blonds

Sous des vergers en fleurs. Ce sont les cent maisons

Qu'habitent les espoirs et les douces pensées.

 

Mais le soir est tombé. Les ombres s'amoncellent

Et l'astre de la mort, la lune froide et belle,

Dans la plaine d'abord, ensuite au firmament,

Epand sur le village une clarté d'argent.

 

Les espoirs, las d'errer, les rêves inutiles,

Sans mémoire et sans bruit, vivent leurs derniers jours,

Et, seule dans la nuit, survivance stérile,

Brille à chaque fenêtre une lueur d'amour.

 

Un pauvre, en ce moment, sur la route perdue,

Regarde ce village et, sans le reconnaître,

Et c'est le sien pourtant, il va passer peut-être...

Mais il regarde encore les chaumes inconnus.

 

Mon coeur, tu es ce pauvre égaré d'un autre âge.

Voici la nuit tombée, il est temps de mourir ;

Regarde, l'une après l'autre, s'évanouir

Les lampes qui veillaient aux maisons du village.