Paul Valéry

Au platane

Charmes

Tu penches, grand Platane, et te proposes nu,

Blanc comme un jeune Scythe,

Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu

Par la force du site.

 

Ombre retentissante en qui le même azur

Qui t’emporte, s’apaise,

La noire mère astreint ce pied natal et pur

À qui la fange pèse.

 

De ton front voyageur les vents ne veulent pas ;

La terre tendre et sombre,

Ô Platane, jamais ne laissera d’un pas

S’émerveiller ton ombre !

 

Ce front n’aura d’accès qu’aux degrés lumineux

Où la sève l’exalte ;

Tu peux grandir, candeur, mais non rompre les nœuds

De l’éternelle halte !

 

Pressens autour de toi d’autres vivants liés

Par l’hydre vénérable ;

Tes pareils sont nombreux, des pins aux peupliers,

De l’yeuse à l’érable,

 

Qui, par les morts saisis, les pieds échevelés

Dans la confuse cendre,

Sentent les fuir les fleurs, et leurs spermes ailés,

Le cours léger descendre.