Alfred De Musset

La nuit d'Août

Poésies Nouvelles (1836 - 1852)

la muse.

 

Hélas ! toujours un homme, hélas ! toujours des larmes !

Toujours les pieds poudreux et la sueur au front !

Toujours d’affreux combats et de sanglantes armes ;

Le cœur a beau mentir, la blessure est au fond.

Hélas ! par tous pays, toujours la même vie :

Convoiter, regretter, prendre et tendre la main.

Toujours mêmes acteurs et même comédie,

Et, quoi qu’ait inventé l’humaine hypocrisie,

Rien de vrai là-dessous que le squelette humain.

Hélas ! mon bien-aimé, vous n’êtes plus poëte.

Rien ne réveille plus votre lyre muette ;

Vous vous noyez le cœur dans un rêve inconstant ;

Et vous ne savez pas que l’amour de la femme

Change et dissipe en pleurs les trésors de votre âme,

Et que Dieu compte plus les larmes que le sang.