Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Dis une fois encor puis encore une fois
Que tu m'aimes. Ce mot répété sans mesure
Ressemble fort au chant du coucou, tu m'assures.
Mais vis-tu le Printemps tendre son vert pavois
Sur la plaine ou le mont, la vallée et le bois
Sans ramener ce cri dans le sein des ramures ?
A l'appel qu'un esprit inconnu me murmure
Dans la nuit, je réponds, pour distinguer la voix :
« Dis que tu m'aimes, dis ! » Qui craint que l'œil embrasse
Trop d'astres si chacun, au ciel, roule à sa place,
Trop de fleurs si chacune a décoré l'Été ?
Dis que tu m'aimes, oui, répète-le — proclame
Toujours ces mots d'argent ! — mais, à la vérité,
Observe de m'aimer en silence, avec l'âme.