Auguste Barbier

L'Émeute

Iambes et Poèmes

Ô ma mère patrie, ô déesse plaintive,

Verrons-nous donc toujours dans la ville craintive

Les pâles citoyens déserter leurs foyers !

Toujours les verrons-nous, implacables guerriers,

Se livrer dans la paix des guerres intestines !

Les temples verront-ils aux pieds de leurs ruines,

Comme le marc impur échappé du pressoir,

Des flots de sang chrétien couler matin et soir !

Patrie, ah ! Si les cris de ta voix éplorée

N’ont plus aucun pouvoir sur la foule égarée ;

Si tes gémissements ne sont plus entendus,

Les mamelles au vent et les bras étendus,

Mère désespérée, à la face publique

Viens, déchire à deux mains ta flottante tunique

Et montre aux glaives nus de tes fils irrités

Les flancs, les larges flancs qui les ont tous portés !