Albert Lozeau
Depuis qu'elle est partie, un grand doute m'étreint,
J'ai beau fixer l'azur où le jour étincelle,
Afin que mon coeur fou soit comme lui, serein :
Le ciel ment, la clarté n'est pas franche loin d'elle !
Pourtant, elle m'a dit qu'elle m'aime, souvent ;
Que la tendresse éclose en son âme immortelle,
Comme elle ne peut pas finir : ainsi qu'avant,
Je suis celui qui doute incessamment pour elle.
Ma faible foi la blesse et je crains l'abandon.
Que deviendrais-je, hélas ! si, m'étant infidèle,
Je ne puis plus sentir m'absoudre le pardon
Que ma pensée en pleurs va mendier vers elle.
À ses pieds, je me sens divinement chéri,
J'adore tout, sa main, sa lèvre et sa prunelle ;
Je n'ai de doute, ni de plainte, ni de cri,
Mais j'ai pour frère aîné le bonheur, tout près d'elle !