Georges Rodenbach

Dans le silence et dans le soir de la maison

Dans le silence et dans le soir de la maison

A retenti le carillon de la pendule.

On ne sait si joyeux ou triste, un air ondule :

Tantôt le chapelet de l'heure en oraison ;

 

Puis ce semble un oiseau si peu viable et frêle

Qui se baigne et qui joue avec des perles d'eau ;

Puis du verre qui pleut mêlé de fer qui grêle ;

Etincelles de bruit sous un vague marteau,

 

Musique d'une noce au retour, clopinante

Qui monte un escalier tournant, et disparaît ;

Bruit de verres choqués, cristal qui se lamente,

Grelots de la folie - oh ! Valses, vin clairet,

 

Carnaval fatigué de danses enragées

Qui s'en revient vidé d'argent et de raison

Et qui laisse dégringoler dans la maison

Ses derniers confetti, des sous et des dragées.