Chekri Ganem
Du monde entier, un cri de réprobation
- Immense, universel, unanime - s’élève.
La conscience humaine a mis au clair son glaive
Et se mêle à l’action.
Malheur sur qui s’abat cette arme redoutable !
Déjà, chacun de vous sent tout au fond de soi
Quelque chose de mystérieux qui l’accable
Mais il ne peut savoir quoi…
Pour le savoir, Teutons, il faut qu’on ait une âme ;
- Vous prouvez le contraire à chacun de vos pas.
Il faut un peu d’espoir qu’un peu de cœur enflamme ;
- Votre espèce n’en a pas.
(…) Or que vous reste-t-il ? Pour le dire, poète
Renonce au choix des mots dont tu es coutumier,
Et descends ramasser, ganté, quelqu’épithète,
Dans la boue et le fumier.
Et le dégoût, l’horreur rendraient ces mots sublimes
Par un Hugo jeté aux quatre vents du ciel…
… Comme il eut souffleté des éclats de ses rimes
Le Crime et le Criminel !
De voir en cette Europe, en le siècle où nous sommes,
Un peuple qui devrait être proche de nous,
De notre humanité, se ruer sur des hommes
Avec des instincts de loups…
Mais faute de génie et de mots qui fustigent,
Nous avons notre cœur et ses frémissements ;
Et nous avons des faits qui, contre vous, s’érigent
Hauts comme des monuments.