François-René de Chateaubriand

Les Alpes ou l’Italie

Vos noms aux bords riants que l’Adige décore

Du temps seront vaincus,

Que Catulle et Lesbie enchanteront encore

Les flots du Bénacus.

 

Politiques, guerriers, vous qui prétendez vivre

Dans la postérité,

J’y consens : mais on peut arriver sans vous suivre,

À l’immortalité.

 

J’ai vu ces fiers sentiers tracés par la Victoire,

Au milieu des frimas.

Ces rochers du Simplon que le bras de la Gloire

Fendit pour nos soldats :

 

Ouvrage d’un géant, monument du génie,

Serez-vous plus connus

Que la roche où Saint-Preux contoit à Meillerie

Les tourments de Vénus ?

 

Je vous peignis aussi, chimère enchanteresse.

Fictions des amours !

Aux tristes vérités le temps, qui fuit sans cesse,

Livre à présent mes jours.

 

L’histoire et le roman font deux parts de la vie,

Qui si tôt se ternit :

Le roman la commence, et lorsqu’elle est flétrie

L’histoire la finit.