Jaufré Rudel
I. — Que celui-là qui ne sait pas chanter aboie, quand j'entends les vergers résonner gaiement, quand partout les prés sont bigarrés et que la rosée du matin s'épand doucement sur l'herbe auprès du saule.
II. - Je n'ose faire montre ni semblant que je l'aime, ni je n'ose cesser de l'aimer, maintenant que se mêlent d'amour de sots galants et que se conduisent avec perfidie ces faux amants qu'amour dupe et trompe.
III. - Il n'est roi ni empereur qui osât
toucher son manteau de vair ni qui pût réussir à obtenir sa grâce; je suis transporté de joie quand en songe, la nuit, il me semble que je l'étreins dans mes bras.
IV- J'irai là-bas, à sa demeure, à la dérobée, en péril comme celui qui traverse la mer ; si de moi il ne lui prend pitié, c'est un
fer froid que je bats. Hélas ! Combien je la vais priant, quoique d'elle je ne puisse jouir!
V. — Si mon amie refuse de m'aimer [maintenant], qu'elle dise, puisque je l'aime, si elle m'aimera un jour, car je suis à ses
ordres, tout bonnement, et j'y serai, si elle veut me retenir [à son service] ; je lui dirai la vérité, quelques mensonges que
puissent lui faire les autres.