Louisa Siefert

Page blanche

Rayons perdus

Qu’écrire ? Vierge encor la page est sous mes doigts,

Prête à tout elle attend mon caprice. — Autrefois

La chantante élégie en mon cœur murmurée,

Source qui débordait de la vasque nacrée,

S’épanchait d’elle-même en vers doux & naïfs.

Les doutes, les soupçons, les aveux, flots furtifs

Qui jasent & s’en vont aux pentes inconnues,

S’échappaient nuit & jour en strophes ingénues ;

Le rêve, interrompu la veille, reprenait,

L’accent, confus d’abord, se répétait plus net,

Une larme coulait d’un sourire effacée ;

L’espérance passait légère, & ma pensée

S’égarait aux détours charmants du souvenir.

Maintenant, je n’ai plus de pleurs à retenir,

Plus de folle espérance à qui couper les ailes,

Plus d’angoisses traînant la colère après elles,

Plus d’effroi, de souci, d’amertume, plus rien !

Autrefois, les accords du grand musicien

Amour faisaient vibrer les cordes de mon âme ;

Maintenant, le foyer triste n’a plus de flamme,

Le musicien meurt, & l’instrument forcé

Ne rend plus qu’un son mat quand chante le passé.