Fanny de Beauharnais

Le songe trompeur

La bonne foi fut ma chimère :

N’ai-je donc chéri qu’une erreur ?

Ô dieux ! laissez-moi mon bonheur

Je ne veux point que l’on m’éclaire

S’il faut que l’Amour soit trompeur.

Que l’Amitié soit un mensonge ;

Faites encor durer le songe,

Et laissez la nuit dans mon cœur.

 

Que dis-je, hélas ! brisons des chaînes

Qui peuvent coûter des soupirs,

Et défendons-nous des plaisirs,

Quelquefois si voisins des peines.

Mais pourquoi veux-je me sauver

D’une erreur qui m’est aussi chère ?

Rendors-toi, rendors-toi, Glycère :

Pour être heureuse, il faut rêver.