Anna de Noailles

Bittô

Mais, rieuse et nouant ses deux mains à son cou,

Bittô n'écoute pas les prudentes paroles ;

Le vent joueur s'enroule autour de ses genoux

Et fait un bruit soyeux comme un ruban qui vole.

 

Le baume végétal qui flotte dans l'air bleu

Enduit d'un miel léger son âme complaisante

Elle vient, au travers des épis onduleux,

S'asseoir près d'un étang où rêve l'eau luisante.

 

Avides de s'unir au glorieux été,

La pivoine touffue et l'anémone rose

Se pâment de désir et semblent rejeter

Le lâche vêtement des corolles décloses.

 

- Quelle silencieuse et palpitante ardeur

Rôde autour de vos pieds, vous guette et vous accueille,

Bittô ? Le soleil gonfle et mûrit votre coeur ;

Votre coeur est tremblant comme un buisson de feuilles.