Eudore Évanturel

Sonnet III

Premières poésies

Vousserez toujours là, créole prisonnière !

Au-dessus du feuillet que j’aurai profané,

Comme au balcon du ciel un archange incliné,

Ou comme les rayons de l’étoile polaire ;

 

Vous serez toujours là, penchée avec mystère,

Promenant çà et là votre front étonné,

Sur ce sonnet qu’un soir ma main a crayonné,

Ayant, à votre insu, vos grands yeux pour lumière

 

Vous serez toujours là — prisonnière un peu pâle !

Au milieu des fleurons, dans votre cadre ovale,

Où l’artiste est venu vous poser à genoux ;

 

Vous serez toujours là, sans vous douter peut-être,

Que ces fleurs, à vos pieds j’aurais voulu les mettre,

Si l’on pouvait monter pour aller jusqu’à vous.