Felicia Hemans

Le premier Chagrin de l’Enfance

“Oh ! rappelez, mon frère, et qu’il vienne à ma voix,

Comme il venait naguère :

Je ne puis jouer seul, sans l’ami de mon choix,

Où donc est-il allé, mon frère ?

 

L’été nous rend enfin ses abeilles, ses fleurs ;

Le papillon volage

Aux rayons du soleil étale ses couleurs,

Mais de le chasser n’ai courage.

 

Dans le jardin nos fleurs s’inclinent de sommeil,

Lentement vers la terre ;

Notre vigne affaissée est brûlée au soleil,

Oh ! rappelez-le donc, mon frère ! ”

 

— “ Il ne peut plus t’entendre, hélas ! mon cher enfant,

Celui qui fut ton frère,

Tu ne le verras plus ce visage charmant,

Tu ne le verras plus sur terre.

 

“ Existence de rose, il n’a vécu qu’un jour,

Un jour… hors de ses langes :

Et pour jouer, enfant n’attend pas son retour,

Car ton frère est avec les anges. ”

 

— “ Comment ! il a quitté ses fleurs, son bel oiseau,

Et son gentil parterre ?

Et quand je lui dirai viens jouer au cerceau,

Il ne reviendra pas, mon frère ?

 

“ Et nous n’irons donc plus, heureux autant qu’un Roi,

Jouer dans le bocage ;

Oh ! tandis que mon frère était là… près de moi,

Que ne l’ai-je aimé davantage ? ”