Mathieu Groffe
Pour que le désir des confins jamais ne s’épuise
Tous les enfants sont morts dans le caniveau cet hiver 1938. Sauf une fillette qui danse, la peau et les poumons aussi gris que la pluie…
Et ces enfants donnaient à boire aux rats ! Quelle injustice que ce monde qu’un jour nous rendrons gratuit.
Une nuit, l’enfant qui ne danse plus est réveillée par le vent glacial qui fracasse sa fenêtre d’internat. Et comme dans un cauchemar, comme dans l’infiltration et la métamorphose des ombres du branchage vers les profondeurs du dortoir,
L’enfant voit un monstre aimable lui tendre quelque chose, devant de la lune le halo blafard.
Voilà un fromage, lui dit le monstre. La panacée, mon seul secret, la sympathie, est du monde la plus grande leçon et le plus savoureux fruit.
J’ai peur, murmure l’enfant, fixant ses émouvantes pupilles, prenant le fromage de ses griffes, mais je serai, monstre, crois-moi, ta mémoire et son bruit.
Alors le monstre, ayant accompli son œuvre, dans le givre
de la nuit et du rêve, part.
Et la fillette, après avoir savouré une portion, se précipite à la fenêtre comme sur le môle du phare, dansant sous les étoiles des neiges ~ le champignon turquoise dans le fromage allemand rare.