François Fertiault

L'île

Mes tableaux d’autrefois ne sont point oubliés.

Tout enfant, je t’ai vue étalant ta verdure,

Et, coquette, mirant dans l’eau profonde et pure

Le bataillon chantant de tes fins peupliers.

 

Mais au temps destructeur tes destins sont liés.

Aujourd’hui l’incurie a rompu ta ceinture ;

Non, plus de frondaisons, d’ombrage, de murmure…

Tes flancs contre les flots n’ont plus de boucliers…

 

Et de toi ce qui reste est plein de charme encore !

On aime le bouquet dont ton front se décore ;

On court avec plaisir, vieille île, dans ton pré ;

On s’attache à ta rive, où moins de force abonde,

Et ta pointe est toujours pour moi le lit sacré

Où le Doubs à l’eau verte entre en la Saône blonde.