Paul Valéry

Cantique des colonnes

Charmes

À Léon-Paul Fargue.

 

Douces colonnes, aux

Chapeaux garnis de jour,

Ornés de vrais oiseaux

Qui marchent sur le tour,

 

Douces colonnes, ô

L’orchestre de fuseaux !

Chacun immole son

Silence à l’unisson.

 

— Que portez-vous si haut,

Égales radieuses ?

— Au désir sans défaut

Nos grâces studieuses !

 

Nous chantons à la fois

Que nous portons les cieux !

Ô seule et sage voix

Qui chantes pour les yeux !

 

Vois quels hymnes candides !

Quelle sonorité

Nos éléments limpides

Tirent de la clarté !

 

Si froides et dorées

Nous fûmes de nos lits

Par le ciseau tirées,

Pour devenir ces lys !

 

De nos lits de cristal

Nous fûmes éveillées,

Des griffes de métal

Nous ont appareillées.