Na de Casteldoza
V — CHANSON (Anonyme) (I)
(1) Cette chanson peut être attribuée, avec beaucoup de vraisemblance, à Castelloza.
Il me faudra mourir, s'il ne me fait pas l'aumône d'une réponse et d'un regard, à défaut d'un baiser.
I.
Par une joie qui de l'amour me vienne
Il ne me faudra pas aujourd'hui me réjouir,
Car je ne crois pas qu'il me prenne en gré
Celui qui jamais ne voulut exaucer
Mes bonnes paroles ni mes chansons ;
Et jamais non plus n'est venu le moment
Où je pusse me passer de lui;
Je crois plutôt qu'il me conviendra d'en mourir,
Puisque je vois qu'il demeure avec telle autre
Dont pour moi il ne veut se séparer.
II
Il faudra m' en séparer, puisqu'il ne me juge pas digne de lui,
Car les chagrins m'ont faite comme morte;
Et puisqu'il ne lui plaît pas de me retenir,
Qu'il veuille du moins m'écouter en ceci
Qu'avec ses aimables réponses
Il me tienne le cœur joyeux.
Et qu'à sa dame il ne déplaise aucunement
Si je le fais s'enhardir jusque-là,
Car je ne le prie pas que pour moi il s'abstienne
De l'aimer ni de la servir.
III
Qu'il la serve, elle ; mais qu'il me ranime en cette angoisse
De manière qu'il ne me laisse pas tout à fait mourir, Car j'ai peur de m'éteindre victime
De son amour, par qui il me rend languissante.
Ah ! ami vaillant et bon,
Puisque vous êtes le meilleur ami qui fut jamais,
Ne veuillez pas qu'ailleurs je me tourne —
Puisque vous ne voulez pour moi rien faire ni dire — En sorte qu'un jour bientôt je m'abstienne
De vous aimer et prendre en gré.
IV
J'agrée pour vous, quoi qu'il m'en arrive,
Toute la peine et le souci;
Et que nul chevalier ne s'occupe
De moi, car je n'en désire pas un seul :
Bel ami, par contre je vous désire fort (I),
Vous sur qui je tiens attachés les deux yeux;
Et il me plaît de vous contempler,
Car jamais je ne saurais en distinguer un aussi beau.
Je prie Dieu qu'un jour je vous ceigne avec mes bras,
Car nul autre ne peut m' enrichir (I).
(1) Littéralement : si fais-je fort vous.
V
Je suis riche, pourvu qu'il vous souvienne D'imaginer comment je pourrais venir en un lieu
Où je vous baise et vous étreigne,
Car avec cela peut se ranimer
Mon corps, qui est grandement
Désireux et avide de vous.
Ami, ne me laissez pas mourir :
Puisque je ne puis me soustraire à vous,
Faites-moi un bel accueil qui me ranime,
Faites-le-moi, car le chagrin me tuera.