Paul Claudel

Heures dans le jardin

Connaissance de l'Est

— À minuit, revenant de ce bal, où pendant plusieurs heures je considérai des corps humains, les uns revêtus de fourreaux noirs, les autres de bizarres drapeaux, qui tournaient par couples (chaque figure exprimant une satisfaction incompréhensible), aux modulations gymnastiques d’un piano, au moment que les porteurs, m’ayant monté jusqu’au haut du perron, relèvent le rideau de ma chaise, j’aperçois dans le feu de ma lanterne, sous la pluie torrentielle, le magnolia tout pavoisé de ses gros lampions d’ivoire. Ô fraîche apparition ! ô confirmation dans la nuit du trésor indéfectible !