Dante Alighieri
La Vita Nuova
Tout ce que j’ai dans mon esprit expire
Quand je vous vois, ô ma belle joie !
Et quand je suis près de vous, j’entends l’Amour
Qui dit : fuis, si tu ne veux pas mourir.
Mon visage montre la couleur de mon cœur,
Et quand il s’évanouit, il s’appuie où il peut
Et, tout tremblant comme dans l’ivresse,
Il semble que les pierres lui crient : meurs, meurs.
Il aurait bien tort, celui qui me verrait alors,
S’il ne venait pas rassurer mon âme éperdue,
Rien qu’en me montrant qu’il me plaint,
Et en me témoignant cette pitié que votre rire tue,
Et que ferait naître cet aspect lamentable
Des yeux qui ont envie de mourir.