Anonyme
Un pull trop grand.
La façon de couper le pain :
d'abord on appuie, puis on tire,
un geste précis que tu m'as montré.
L'habitude de regarder le ciel
avant de sortir.
Pas la météo.
Le ciel lui-même.
La couleur du ciel du matin,
la façon dont il annonce
non pas la pluie ou le soleil
mais quelque chose de plus vague.
L'humeur du jour.
La teinte de ce qui vient.
Tu disais qu'on pouvait savoir
si on apprenait à regarder.
Je regarde, maintenant.
Je ne sais pas si je sais.
Mais je lève les yeux
avant de sortir, comme toi.
Le pull est devenu le mien.
Il a perdu ton odeur.
Il a gardé la forme de tes épaules
que je ne reverrai plus.
Je l'ai lavé une fois.
Une seule.
Puis j'ai arrêté.
Il y avait quelque chose dedans
que le savon ne retrouverait pas.
Quelque chose comme une trace,
comme la chaleur d'une main
sur un mur de pierre.
Je continue de couper le pain
comme tu m'as montré.
Je continue de regarder le ciel.
Je continue de porter le pull.
C'est ce que tu m'as laissé.
C'est beaucoup.