Anonyme

Cartographie

J'ai grandi dans une ville

que je ne reconnais plus.

 

Les rues ont gardé les noms.

Ça aide un peu.

Je sais encore me repérer

par les noms des rues.

 

Mais les façades ont changé.

Les boutiques ont changé.

Le café du coin a changé

deux ou trois fois.

 

Il n'y a plus la librairie.

Il n'y a plus le marchand de journaux

qui savait le prénom

de tout le monde.

 

Il y a un bar à smoothies.

Une boutique de téléphones.

Quelque chose avec des plantes

qui n'existait pas avant.

 

Je suis un fantôme avec un plan périmé.

Je tourne les coins de rue

en m'attendant à voir

ce qui n'est plus là.

 

Et parfois ça me trouble,

cette façon que le monde a

d'effacer les décors

sans prévenir les acteurs.

 

On revient chez soi

et chez soi a changé d'avis.

Chez soi est devenu autre chose.

Un endroit avec d'autres habitudes.

 

Je marche quand même.

Je connais les fissures des trottoirs.

Je connais les arbres.

Les arbres restent.

 

Les platanes de la rue principale

ont vieilli comme moi.

Ils ont poussé.

Ils couvrent davantage.

 

L'ombre est plus grande maintenant.

Plus grande que dans mon souvenir.

C'est peut-être ça, rentrer :

trouver de l'ombre là où il faisait chaud.