Anonyme
Après que tu sois parti,
la pièce a continué de vibrer.
Pas longtemps.
Quelques minutes peut-être.
Comme une corde de guitare
qu'on a frappée sans vouloir.
Les acousticiens appellent ça
la résonance.
La façon dont une vibration
cherche sa durée naturelle.
Tu n'es pas quelqu'un de bruyant.
Tu parles peu, tu bouges peu.
Et pourtant cette fois-là
tu avais rempli la pièce.
Je ne sais pas comment.
C'est difficile d'expliquer
l'espace qu'une présence occupe
au-delà de ses dimensions.
Après la porte fermée,
je me suis assis.
J'ai laissé la résonance
se défaire tranquillement.
C'est une expérience étrange.
Sentir qu'un endroit se vide
pas d'un coup
mais par couches.
D'abord la chaleur de la voix.
Ensuite l'air déplacé.
Ensuite les petites modifications
dans la façon d'occuper l'espace.
Puis la pièce est redevenue normale.
Ma pièce, mes proportions,
mon silence habituel
avec ses bruits à moi.
Mais quelque chose avait changé.
Comme après un concert.
Quand le son a disparu
mais que les oreilles gardent
la forme de ce qu'elles ont entendu.
Je suis allé chercher ma guitare.
J'ai joué un accord.
Je t'ai laissé résonner encore.