Anonyme
Le café refroidit sur la table.
Je ne me lève pas pour le réchauffer.
Il y a des matins
où on laisse le café refroidir.
Où on regarde par la fenêtre
sans vraiment voir.
Dehors, une pie traverse le jardin.
Elle ne se presse pas.
Elle avance avec cette assurance
des animaux qui savent où ils vont.
Elle s'arrête une seconde,
tourne la tête à droite,
tourne la tête à gauche,
et repart vers la haie.
Comme si elle avait pris
une décision difficile
et qu'elle était soulagée.
Comme si le jardin était une question
et la haie, une réponse.
Je la regarde disparaître.
Le café est froid maintenant.
Je le bois quand même.
Dimanche a cette texture particulière.
Un peu de laine, un peu de poussière.
L'impression d'avoir du temps
et de ne pas savoir quoi en faire.
Je vais peut-être sortir.
Ou rester.
Ou lire quelque chose de commencé
il y a trois semaines.
La pie ne reviendra probablement pas.
Elle a trouvé sa réponse.
Moi j'attends encore la question.
Mais le café était bon, froid.