Anonyme

Pleine lune

Ce soir la lune est tellement proche

qu'on pourrait lui parler.

 

Elle a ce genre de présence

des gens qu'on n'a pas vus depuis longtemps

et qui arrivent sans s'annoncer,

ronds et lumineux.

 

Je suis sortie sur le balcon

sans réfléchir.

Pieds nus sur le béton froid.

Le ciel presque violet.

 

La lune était là, en face,

un peu plus haute que les toits.

Elle ne faisait rien de particulier.

Elle était juste là.

 

J'ai voulu lui dire quelque chose.

J'ai cherché.

J'avais pourtant quelque chose à dire,

quelque chose qu'on avait prévu, elle et moi.

 

Mais j'ai oublié.

Ou peut-être que je n'ai jamais su.

Peut-être qu'on avait seulement prévu

de se regarder.

 

Je suis restée longtemps.

Les toits s'assombrissaient.

Une fenêtre s'est éteinte.

Un chat a traversé la rue.

 

Et la lune ne bougeait pas.

Elle attendait, patiente,

habituée à être regardée

par des gens qui ne savent plus quoi dire.

 

Puis je suis rentrée.

J'ai fermé la porte vitrée.

J'ai bu un verre d'eau à la cuisine.

J'ai regardé son reflet dans l'évier.

 

Et j'ai pensé :

c'était ça.

C'était ce qu'on avait prévu.

Juste se voir, encore.