Murièles Camac
Une femme c'est un Indien
Comme tous les Indiens,
elle se déplace en silence,
elle joue au fantôme,
elle porte une robe blanche.
Les autres robes
— les mauves, roses, jaunes —
je les garde dans la penderie.
Ce sont des robes pour danser et faire du bruit.
Je les mets pour jouer la comédie, je les mets pour dire
qui je suis.
Ce sont des robes de pas-tous-les-jours, comme les textes
qu’on appelle poèmes pour dire qu’ils sont de pas-tous-
les-jours.
Même si une robe, c’est très différent comme objet d’un
texte qu’on appelle poème.
Toutes ces robes, ça prend de la place dans la penderie.
Certaines ne me vont pas, ou plus.
Elles n’ont pas été faites sur mesure.
J’ai un peu grossi, un peu maigri.
Elles pourraient m’aller, mais la mode a changé.
Le tissu s’est froissé, j’ai eu la flemme de les repasser.
« Ces robes, tu les as vraiment toutes lues ?
Et est-ce que tu vas les relire un jour ? »
Une robe, ça ne se lit pas.
J’en trouverai une à passer, pour aller danser.
On fera un grand feu, un grand cercle autour, un grand
bruit de tambour,
— j’aurai mis ma robe.
La nuit, je danse.
Parfois on se crée des occasions, et tous ensemble on
met nos belles robes, on danse.
Toutes ensemble, on se mélange.
On danse pour l’amour : comme des oiseaux, comme
des abeilles, comme des humains bien habillés.
On danse habillés en hommes ou habillées en femmes.
Il ne faut pas tout mélanger.
Sur scène, au théâtre, à l’écart sur leur estrade,
les acteurs dansent nues, peut-être.
Mais nous, au sol, dansons en tenue.
Je mets mes belles plumes, mes dents d’ours,
mes souliers vernis,
je mets ma belle robe.
Celle que je garde exprès pour quand on se mélange.
Une robe ça sert à danser.
Une robe ça sert à reconnaître la femme de l’homme.
Quand on est devenue une femme grâce à la robe, on danse la danse des femmes. Si on enlève la robe, c’est pour la danse de l’enfant, la danse de l’animal, la danse de l’arbre ou de l’herbe.
Mais toujours on garde sur le corps un bracelet ou une coiffure : on danse la danse de l’homme.
Homme, ça veut dire : pas femme, et ça veut dire aussi : femme et homme. On ne sait jamais exactement ce que ça veut dire. Mais on peut le danser quand même très bien.
On n’a pas toujours besoin de tout savoir exactement.
Un pas un autre
un bras un autre
je me choisis moi-même
comme partenaire
et je danse
avec mon dos avec ma tête
je rampe au sol et je sème
les graines de l’évidence
j’ai douze ans
un corps de chasseur sioux
des cheveux souples m’accompagnent
sur les ongles du vernis rouge
toute une vie m’attend
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